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La réputation des pays en jeu

Tribune publiée le 7 décembre sur Les Echos

La réputation comme “licence to attract”

La réputation d’un pays, c’est-à-dire la somme des opinions émises et entendues sur un pays serait-elle devenue un enjeu politique et économique ?

Ce n’est pas nouveau, les pays sont en concurrence, que ce soit sur la scène financière, économique, sociale, environnementale ou fiscale comme nous le rappelle le baromètre PwC de la compétitivité fiscale des pays.
C’est à qui attirera le plus de touristes, d’entreprises, de hauts potentiels, d’investissements étrangers, etc. L’Australie s’est fait largement remarquer avec son opération “best job in the world”. Les conversations sur les pays sont permanentes, y compris dans les pays dits fermés et ce, grâce aux réseaux sociaux.

La réputation d’un pays n’est plus une « simple » affaire de rayonnement ou de fierté nationale. La question de l’opinion et son rôle dans l’attractivité des pays devient tangible et de plus en plus complexe à gérer. La réputation entre en compte dans les circuits de décisions des touristes, des hauts potentiels, des entreprises, des investisseurs,  etc. La Grèce ou l’Irlande en ont fait les frais dans les récentes crises de liquidité.

Alors, si pour les entreprises, la réputation agit comme une “licence to operate”, la réputation d’un pays agit elle comme une “licence to attract”.   La bonne réputation d’un pays contribue à attirer les talents, les entreprises, les touristes, les investissements étrangers. Et cet enjeu prend une dimension plus sensible encore dans un contexte post crise où les Gouvernements sont à la recherche de solutions de rebond économique.

Les enseignements de l’étude du Reputation Institute

A quoi tient la réputation d’un pays et comment peut-on agir dessus ? Le Reputation Institute s’est penché sur cette question en menant en début d’année une étude* sur la réputation des pays. Voici ce qui nous a semblé être les principaux enseignements de cette étude.

#1 La réputation d’un pays se fonde sur 11 critères.

L’Institut les regroupe sous 3 dimensions :

- L’efficacité du Gouvernement : le pays offre un environnement favorable aux entreprises, il est dirigé par un Gouvernement efficace, qui adopte une politique sociale et économique progressive, agit de manière responsable envers la communauté.

- Le niveau de développement économique du pays : le pays produit des biens et services de qualité, il est innovant, avancé technologiquement, est un important contributeur à la culture mondiale.

- La qualité de l’environnement géographique et le bien-être : c’est un beau pays, un pays où il fait bon vivre, qui offre un art de vivre de vie attrayant.

#2 La contribution à la communauté mondiale est le 2e levier de réputation des pays.

L’étude indique que ce qui est le plus important pour la réputation d’un pays est son art de vivre (lifestyle). Vient  ensuite la contribution du pays à la communauté mondiale. Sur cet item, les pays BRIC sont perçus comme étant faiblement contributeurs. En 3e vient la beauté du pays.
Au total, ces trois critères comptent pour plus de 30% de la réputation d’un pays.

#3 La Suède est le pays le mieux réputé. La France se positionne à la 18e place.

La Suède arrive dans le top 5 sur 10 des 11 critères. Elle se classe en premier sur la politique sociale et la contribution à la communauté mondiale, et en second sur l’environnement pour les entreprises et l’efficacité du Gouvernement.

La France arrive en 18e place. Mais, elle se place en 2e sur la contribution à la culture dans le monde et en 5e position des pays où il fait bon vivre. A ce sujet, la gastronomie Française vient juste d’entrer au patrimoine mondial de l’Unesco ce qui devrait permettre à la France de renforcer sa position. Signe de cette volonté, la France vient d’ailleurs de lancer une nouvelle campagne sur sa réputation.

#4 Inside out.

L’étude montre également que la réputation d’un pays à l’étranger n’est pas forcément la même que celle qu’elle a auprès de sa population locale. La Chine est le pays où l’écart est le plus important : les chinois considèrent leur pays de manière beaucoup plus positive que les personnes du G8. A l’inverse, la réputation de la Grèce est moins bonne auprès des grecs qu’elle ne l’est au sein de la population du G8.

Un lien entre la réputation des pays et diplomatie internationale ?

Dernière question que l’on peut se poser à la lecture de cette étude et du contexte actuel : y aurait-il un lien entre la réputation d’un pays et son poids dans la diplomatie internationale ? Difficile de dire non. On ne sait encore trop dire ce que sera l’impact de l’affaire Wikileaks sur la réputation des Etats-Unis en autre, mais l’affaire va laisser des traces dans les négociations internationales. On peut aisément penser que la réputation d’un pays joue un rôle dans les négociations internationales. Plus globalement, et comme l’indique Alex J Ross, conseiller d’Hilary Clinton sur l’innovation et adepte de la e-Diplomacy, un des enjeux clés des Gouvernements aujourd’hui est d’appréhender une forme de démocratie plus participative et où les citoyens ont plus de pouvoir. Il s’agit pour lui et grâce aux réseaux sociaux notamment de passer d’une logique d’“over-powering” à une logique d’”empowerment”, ce qui passe nécessairement par une meilleure prise en compte du rôle de la réputation.


*Méthodologie : L’étude a réalisée par le Reputation Institute en janvier-février 2010 auprès d’un échantillon représentatif de la population du G8 (Allemagne, Canada, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie, USA) qui s’est exprimé sur la réputation de 39 pays. Ont également été interrogées les populations de 35 pays sur la réputation de leur propre pays. Au total, 26 000 personnes ont été interrogées.

Prévenir le risque de réputation

Le risque de réputation, tout le monde y pense : les dirigeants le placent en tête de leurs préoccupations (voir ici ou ), le régulateur incite les banques et les assureurs à s’en prémunir, des assureurs protègent leurs clients des préjudices causés par une réputation dégradée, tandis que l’Organisation internationale de normalisation (ISO) tente de normaliser des bonnes pratiques sur l’un des terreaux les plus fertiles au risque de réputation : la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (voir ici). Aux deux bouts de la chaîne, les médias et le web sont le principal théâtre des crises de réputation et s’intéressent régulièrement aux enjeux de réputation des entreprises et des organisations.

Au final, tous convergent vers un même constat : la réputation est un levier déterminant de la valeur d’une entreprise et de sa capacité de développement. Mais cet actif est vulnérable car en permanence exposé au risque d’opinion.

Dans ce contexte, les dispositifs de prévention et gestion de crise doivent aujourd’hui muter vers des dispositifs de gestion des risques de réputation.

Définition et caractéristiques du risque de réputation

Le risque de réputation peut être défini comme l’éventualité qu’une mise en cause publique de l’entreprise n’entraîne une profonde rupture de cohérence entre ce qui est révélé et ce que croient ou attendent les publics de l’entreprise. De cette rupture, qui met en doute la capacité reconnue de l’entreprise à tenir ses engagements, naît une dégradation durable de la confiance et de l’estime dont elle fait l’objet.

La conscience du risque de réputation est régulièrement renforcée par des cas spectaculaires. Toyota, BP, Société Générale ou encore Goldman Sachs, toutes ces entreprises ont été au centre de tourmentes publiques qui mettent, aujourd’hui encore, leur capacité de résilience à l’épreuve. Ces cas extrêmes nous fournissent au moins trois enseignements sur les caractéristiques du risque de réputation :

  • C’est un dommage collatéral puisqu’il naît le plus souvent d’une défaillance, réelle ou perçue, de l’entreprise dans l’exercice de sa responsabilité;
  • Son impact est d’autant plus profond et durable que les faits révélés rompent une promesse forte de l’entreprise : fiabilité des véhicules Toyota, performance et sécurité des activités « dérivés actions » de la Société Générale, philosophie du « clients first » pour Goldman Sachs, etc.;
  • Plus l’entreprise est prise au dépourvu, plus les effets d’une crise sont dévastateurs. C’est la théorie du « Cygne Noir » selon laquelle l’impact d’une crise est d’autant plus profond que son élément déclencheur était jugé complètement improbable jusqu’au moment de sa survenance. Sur cette idée, n’hésitez pas à lire le billet de Philippe Escande qui livre une analyse intéressante de la manière dont le rappel par Toyota de 8 millions de véhicules a profondément ébranlé le modèle et la réputation de l’entreprise.

Toutes ces données militent pour une approche préventive du management du risque de réputation. Si l’approche curative consiste à limiter l’impact d’une crise, la gestion préventive consiste elle à minimiser sa probabilité de survenance.

Gérer le risque de réputation, c’est d’abord l’identifier, l’évaluer et le prioriser

La première étape décisive de ce travail est la cartographie de l’ensemble des situations propices à la matérialisation d’une crise de réputation. Pour être efficace, l’identification des défaillances et mises en cause potentielles de l’organisation devra porter sur l’ensemble des terrains sur lesquels l’entreprise est attendue :  les 7 drivers de réputation.

La juste évaluation de la criticité des risques de réputation nécessite quant à elle d’appréhender 2 dimensions :

  • Les facteurs de vulnérabilité de l’entreprise qui déterminent la probabilité d’occurrence du risque : l’état des relations de l’entreprise avec ses publics, ses pratiques RH, ses caractéristiques culturelles, son climat social ou son secteur d’activités sont autant de facteurs qui peuvent accroître le degré d’exposition de l’entreprise au risque de réputation.
  • Les facteurs de sévérité des risques qui permettent d’anticiper l’impact potentiel d’une crise sur la réputation de l’entreprise c’est à dire l’ampleur et le degré de la réprobation : la nature des faits (erreur ou faute, technique ou morale), les croyances / attentes / mentalités des publics de l’entreprise, la crédibilité des opposants potentiels, etc.

Internet, et en premier lieu le web social, joue un rôle de démultiplicateur des risques de réputation. En libérant la parole des collaborateurs, des experts, des journalistes ou encore des clients de l’entreprise, le web démultiplie la probabilité d’une mise en cause publique de l’entreprise (fonction whistleblowing du web). Le nombre de sources et leur promptitude à se mobiliser amplifie l’impact potentiel d’une crise (fonction caisse de résonance du web). Enfin, via les moteurs de recherche, le web prolonge la visibilité de certaines polémiques au-delà du temps des médias dits « classiques ». C’est l’effet de rémanence du web.

Une partie des résultats de ce travail de cartographie se présente sous la forme d’une matrice qui identifie les risques à traiter en priorité car probables et possiblement dévastateurs :

Le point d’appui d’un management actif de la réputation

La cartographie des risques est une composante essentielle au service du management de la réputation. Elle permet d’identifier et d’initier des actions concrètes :

  • La sensibilisation des collaborateurs, quel que soit leur niveau hiérarchique, aux enjeux de réputation de l’entreprise;
  • La définition et le suivi de l’efficacité de procédures visant à limiter les prises de risque;
  • La mise en place de systèmes de suivi de la réputation de l’entreprise auprès de ses publics clés et le suivi des évolutions de leurs attentes et sensibilités;

  • La préparation de procédures de crise pour réagir de manière efficace en cas de mise en cause et la formation des collaborateurs concernés.

Bien que difficilement chiffrable, le retour sur investissement d’une telle démarche se matérialise notamment par une implication et une responsabilisation de chacun, au quotidien, au service de la réputation de l’entreprise. Mais le management de la réputation ne peut se limiter à la gestion du risque de dégradation. Manager la réputation c’est aussi créer de la valeur. Or, la seule conformité à la norme communément admise n’en crée pas. Ce qui crée de la valeur-réputation c’est la capacité de l’entreprise à surpasser les attentes de ses publics et donc à redéfinir les standards d’exercice de son métier.

Réputation du dirigeant : responsable ou coupable.

Le retour de vacances est synonyme de triage de centaines de mails, alertes et autres newsletters en tous genres. Souvent fastidieux, l’exercice réserve parfois de bonnes surprises. L’une d’entre elles est la découverte du billet du Reputation Institute de Madrid sur la réputation des dirigeants. Ce billet fait état des principales conclusions de l’étude réalisée en partenariat avec le quotidien économique “Actualidad Economica” sur les dirigeants espagnols les mieux réputés.

Premier motif d’étonnement, le dirigeant espagnol le plus admiré est un banquier : Emilio Botín, président de la Banque Santander. Frédéric Oudéa et Baudoin Prot n’osent pas en rêver, M. Botin l’a fait.

Autre intérêt de cette étude :  les critères qui déterminent la réputation des dirigeants. Voici la Reputation Wheel qui établit les critères qui font qu’un dirigeant a une plus ou moins bonne réputation.

Les 4 drivers de la réputation du dirigeant - i&e / Reputation Institute - Cliquer pour agrandir

Les 4 drivers de la réputation du dirigeant - i&e / Reputation Institute - Cliquer pour agrandir

Comme pour les entreprises et organisations, la réputation des dirigeants s’exprime au travers d’un lien émotionnel : confiance, estime, admiration, affinité. Comme pour les entreprises, elle est également le résultat d’une agrégation de perceptions sur plusieurs critères rationnels. En ce qui concerne les dirigeants, ces “drivers” de réputation sont au nombre de 4 :

  • Leadership : charisme, image de leader, vision stratégique, capacité à anticiper les changements et à saisir les opportunités, capacité à assumer les risques et à gérer efficacement les crises, capacité à s’entourer d’équipes compétentes ;
  • Responsabilité : comportement éthique et responsable, capacité de motivation et d’inspiration des salariés, priorité donnée à la satisfaction des clients, soutien à des causes ;
  • Gestion : expert de son secteur, perspectives internationales, gestion efficace des ressources, création de valeur pour les actionnaires ;
  • Influence : réseaux économico politiques, ouverture internationale, talents de communicant.

Il est intéressant de noter que le critère le plus important pour les Espagnols interrogés est la Responsabilité du dirigeant. Cette notion se place devant les critères liés à sa compétence (“Gestion”) et à son Leadership.

Des données surprenantes à rapprocher des conclusions de notre étude sur la réputation des entreprises du CAC 40. Elle montrait en effet que les critères qui relèvent de l’éthique de l’entreprise (gouvernance, citoyenneté, gestion de l’emploi) sont plus déterminants pour la réputation de ces entreprises que leur performance économique et financière ou leur capacité d’innovation.  
Une démonstration supplémentaire, s’il en était besoin, que la capacité des entreprises et de leurs dirigeants à mieux appréhender leur acceptabilité sociétale est déterminante pour leur réputation. A la clé, l’obtention d’un “droit à opérer” (« Licence to operate ») indispensable à l’heure où consommer un produit, souscrire à un service, travailler dans une entreprise ou y investir s’apparente de plus en plus à un vote à bulletin public.

Management de la réputation : les meilleurs articles de la semaine

Voici notre best-of des articles sur la Réputation de la semaine.

Au menu : une parodie de la gestion de la marée noire par BP, l’ultime vocation des médias sociaux et l’avenir des banques.

Décalé. “BP Spills Coffee” : le buzz de la semaine sur YouTube avec un remake de la gestion de la marée noire par BP. Près de 7 millions de fois vues sur YouTube.

Réel. “SEO’s Future Is Now” : on y lit que l’objectif  final des media sociaux c’est la question du lien et du management de la réputation.

Visionnaire. “Finance: The Way Forward – Banks Are Here to Stay (But They’ll Look Different)” c’est le billet du Harvard Business Review sur l’avenir des banques et leur rôle dans la société.

Bonne lecture !

Le Top 25 des entreprises les mieux réputées au monde

En parallèle de notre étude sur la réputation des entreprises du CAC 40, le Reputation Institute a publié le classement 2010 des entreprises les mieux réputées dans le monde. Nous vous livrons ici le Top 25.

And the winners are …

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