De cet auteur

La réputation des entreprises du CAC 40 progresse en 2011

Pour la deuxième année consécutive, i&e et le Reputation Institute publient le classement des meilleures réputations des entreprises du CAC 40 en utilisant la méthodologie internationale du Reputation Institute. Si Michelin, Danone et L’Oréal restent en tête du classement, six entreprises connaissent de belles progressions au sein du TOP 20 : Essilor, Veolia Environnement, Lafarge, Vinci, Peugeot-PSA et Schneider Electric.

Découvrez les résultats 2011

L’édition 2011 nous inspire trois réflexions sur le management de la réputation :

La réputation a pris le pas sur l’image.

L’image, c’est la logique de l’émetteur. L’entreprise projette un discours et un imaginaire adaptés à chaque catégorie de publics : image employeur, image produit, image actionnaires, image citoyenne etc. L’image est sécable. La réputation, c’est la logique du récepteur. Ce dernier se forge une opinion sur l’entreprise à travers un mélange d’expériences, de perceptions et d’avis de tiers. La réputation est un tout. L’entreprise  est évaluée dans sa globalité, avant tout sur ses actes.  Dans une société de la transparence et de la conversation, la réputation gagne en valeur par son potentiel de recommandation alors que l’image perd en crédit dans l’opinion.

La réputation est un composite des dimensions marché, sociale et sociétale.

La réputation mesure un état des relations de l’entreprise avec son écosystème. Une bonne réputation nécessite d’être performant sur chacun des sept critères de réputation : Produits et Services, Gouvernance, Innovation, Emploi, Citoyenneté, Performance économique et Leadership. C’est le cas pour Michelin et Danone.

La réputation demande de la proximité.

Comme toute bonne relation, la réputation d’une entreprise passe par une posture d’écoute, de l’échange, du faire ensemble, de l’engagement avec ses parties prenantes. Elle répond à une logique de proximité. Une proximité locale d’abord,  car il faut être fort sur ses terres. Une proximité multi-locale, ensuite, qui prendra en compte les codes culturels, sociaux et économiques locaux. En France, l’étude montre que l’entreprise doit être avant tout performante dans son métier, éthique dans ses pratiques et sociale dans son approche.

La réputation, nouveau levier managérial

Le Cercle Les Echos et Groupe i&e inaugurent les Rendez-vous du management de la réputation, une série d’articles consacrés à la réputation et la e-réputation sous toutes leurs formes. L’article « Réputation, nouveau levier managérial » a été publié le 8 mars 2011.

La réputation et la e-réputation, son corollaire sur le web, trouvent un large écho auprès des dirigeants. Pourquoi une telle attention aujourd’hui ? Le rapport de l’entreprise au temps et à la société change…. Pendant longtemps, la réputation se comparait à un Mille-Feuilles qui, dans le temps long, sédimentait les politiques de l’entreprise. Le management regardait la réputation avec attention mais de façon assez lointaine au regard des exigences quotidiennes des marchés. L’émergence de la Société civile, la prise du pouvoir par le consommateur et la montée en puissance de la conversation sur le web social changent la donne. L’entreprise est aujourd’hui en prise directe avec son environnement. La réputation mesure en temps réel l’actif relationnel de l’entreprise avec ses marchés comme avec la société. La réputation devient un nouvel outil de pilotage pour le management.

Un concept qui agrège enjeux de marché et de société

La réputation est issue d’une longue lignée de concepts de communication.

Les années d’après-guerre sont les années de consommation. Il y a un marché en croissance, de l’argent et peu de concurrence. La priorité est de faire connaître son produit. Le besoin est celui de la notoriété. C’est l’âge d’or du mass média et notamment de la publicité.

Puis les marchés deviennent plus matures. La concurrence se muscle. La priorité est à l’image pour émerger et créer la préférence. Ce sont les années de la segmentation des cibles. On fait encore du bruit, mais pas le même que son concurrent. Le marketing devient roi.

Puis il faudra un véhicule pour créer de la fidélité et porter l’image de l’entreprise. C’est l’émergence de la marque comme système pour occuper des territoires mentaux.  La marque c’est ce que l’entreprise dit de ses produits. Nous sommes dans l’ère de la communication avec une logique toujours dominante, celle du marché et des cibles.

Enfin, nous venons d’entrer dans les années où l’exigence de la transparence s’impose. La réputation, c’est ce qu’il y a derrière la marque. Qui êtes vous ? Que faites-vous ?  Comment le faites vous ? L’entreprise est scrutée sur son savoir-faire et son savoir-être sur ses marchés (produits, services, emploi, capital, etc) et sur ses interactions avec la société. La réputation agrège les opinions émises et mesure la qualité de la relation de l’entreprise à son environnement.

Dans une économie globalisée, interconnectée où la conversation est permanente, l’impact de la réputation sur l’activité de l’entreprise passe du « soluble » au « solide ».

Un avantage concurrentiel décisif

Dans une société de l’influence, la recommandation positive impacte directement les activités de l’entreprise, son développement, dans certains cas sa stratégie. Or, la recommandation, c’est précisément ce que « produit » la réputation comme « valeur ». Que l’on parle de recommandation ou de bénéfice du doute (en cas de crise), la réputation est un levier de conquête ou un amortisseur de risque. Les ventes de produits et de services ne sont pas les seules concernées. Quand Toyota est arrivée en Europe en 1998, sa réputation l’a précédée. L’entreprise d’alors a été accueillie à bras ouverts, les pays entrant en concurrence pour accueillir le producteur nippon, gage de sérieux et d’emplois. La société a bénéficié d’un accueil chaleureux, mais surtout d’avantages fiscaux, des terrains gracieusement mis à disposition. A contrario, quelle est la capacité de recommandation d’une société comme BP aujourd’hui ?

Cette prescription joue à plein sur tous les marchés de l’entreprise. C’est le cas pour le marché de l’emploi à l’heure de la guerre des talents et de la fidélisation des hauts potentiels. Demandez à un DRH si la réputation est un levier ou un frein. Demandez à un directeur financier si le succès de la prochaine levée de fonds dépend en partie de la réputation de son entreprise. La réputation agit comme une licence. Les anglo-saxons parle de « licence to operate ». Avec une bonne réputation, l’entreprise bénéficie d’une puissance de recommandation qui lui donne un avantage compétitif sur ses trois marchés clés : le capital, l’emploi et les biens et services.

Un actif mesurable

La réputation est montée sur le podium des priorités des directions d’entreprises, à l’occasion d’une crise qui a impacté l’activité ou de réflexions stratégiques sur les nouveaux canaux de prescription et de fidélisation. Quel que soit le cas de figure, la réputation est devenue un enjeu du management. Il lui faut donc un système de management. Et les comités de direction posent d’abord la question de sa mesure. Quelle est la réputation de mon entreprise ? Comment puis-je la mesurer ?

La réputation a cette particularité d’être un actif immatériel dont l’entreprise est propriétaire, mais dont la valeur est déterminée par des tiers. Alors, comment la mesurer ? Question simple et fondamentale si l’on considère que c’est la première étape clé du système de management de cet actif.

Les travaux du Reputation Institute (New York) apportent sans doute la réponse la plus aboutie en la matière. Sa méthode s’est imposée comme un standard de référence dans le monde. La réputation s’exprime au travers d’opinions émotionnelles que sont la confiance, l’estime, l’admiration ou encore l’affinité. Ces opinions se construisent sur des fondamentaux rationnels, au nombre de sept, qui sont :
Les produits et services : qualité des produits, rapport qualité/prix, adéquation aux attentes.
La gouvernance : ouverture et transparence de l’entreprise, éthique des affaires.
La citoyenneté : responsabilité sociale et environnementale, soutien de causes.
L’emploi : rétribution juste et équitable des salariés, bien-être des collaborateurs.
L’innovation : capacité d’innovation, capacité d’adaptation aux changements du marché.
Le leadership : crédibilité et charisme des dirigeants, qualité du management, vision du futur.
La performance : profitabilité, perspectives de croissance.

Chacun de ces fondamentaux (les « drivers » de la réputation) constitue une interface avec les marchés et la société. Chacune de ces interfaces est donc créatrice ou destructrice de valeur réputation, selon que l’entreprise répond ou pas aux attentes minimum des parties prenantes.Cette méthodologie a été appliquée en France aux entreprises du CAC40 dans l’étude menée par i&e avec le Reputation Institute.

Vers un management de la réputation

Quels sont les facteurs déterminants de la réputation de mon entreprise ? Quels sont les leaders d’opinion qui font ou défont la réputation ? Puisque la réputation est devenue stratégique, qui a la charge de son management ? Comment faire travailler ensemble des fonctions de l’entreprise sur des objectifs de réputation communs ?

La réputation n’est pas ou plus un enjeu qui concerne la seule direction de la communication. Toutes les fonctions clés de l’entreprise sont concernées et contributrices : la DRH, les ventes et le marketing, la communication, la finance, etc. Le management de la réputation nécessite une approche la plus transversale possible pour tirer dans le même sens. La question de l’alignement avec les collaborateurs est par ailleurs une condition de succès puisque ce sont, souvent, les premiers ambassadeurs de l’entreprise.

Gérer cet actif, c’est lui donner du sens, une direction, et des priorités. La création de valeur pour l’entreprise sera d’autant plus grande que le système de management de la réputation répondra à la fois aux attentes de ses parties prenantes (logique de société) et aux priorités stratégiques de l’entreprise (logique de marché). Encore faut-il décrypter le système d’attentes des parties prenantes et les prioriser.

Gérer cet actif, c’est aussi prendre en compte les spécificités de la réputation de son secteur, celles des cultures et pays dans lesquels les entreprises interagissent, car les sensibilités à chacune des dimensions clés de la réputation peuvent varier fortement d’un pays à l’autre.

Enfin, il s’agit souvent d’éviter l’écueil qui consisterait à ne gérer la réputation que comme un risque alors qu’il faut l’aborder dans son ensemble comme un levier de création de valeur. Repenser le management de sa réputation revient aussi à repenser les engagements de l’entreprise à l’égard de la Société et la relation avec ses parties prenantes dans une démarche de co-création pour optimiser ses actifs et contribuer à l’émergence de nouveaux modèles économiques.

Par William Lebedel et Laurent Reynes, associés i&e

« Maîtriser son e-réputation » par i&e aux Echos Formation

Le 23 novembre 2010, i&e anime  une formation dédiée à la e-réputation en partenariat avec les Echos Formation. Découvrez le programme.

La e-réputation ? Kesako ?

La e-réputation, vous en entendez beaucoup parler, mais est-ce vraiment très clair ? Chez i&e, nous avons un point de vue précis de ce qu’est la réputation et de son prolongement en ligne. William Lebedel, Partner Reputation Management nous éclaire :



Expert-e-reputation
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La e-réputation en 10 points clés

Tribune publiée le 22/09 sur Les Echos

Nous le constatons tous les jours : la question de la e-réputation monte en puissance. Pas seulement sur le web, où tout le monde en parle, mais aussi et surtout dans les comités de directions. Pour beaucoup, c’est un réflexe de protection face aux attaques potentielles sur Internet. Dans un monde connecté et en conversation, c’est une préoccupation légitime. Toutefois, entre gestion de crise sur le web et gestion de la réputation, il y a un océan. Tentons de décrire les contours de la e-réputation en 10 points :

1 – La e-réputation n’existe pas en soi. On n’a pas une réputation et une e-réputation : les discours web participent à (et reflètent) la réputation d’une marque, entreprise, organisation. Comme d’autres facteurs offline tels que l’expérience client, le bouche à oreille ou le discours médiatique, la e-réputation qualifie la réputation d’une entreprise à travers le prisme du web.  Et  comme le web fonctionne comme un accélérateur de particules avec beaucoup de particules (comme vous et moi) et que tout va plus vite, il naît ce sentiment d’accélération du temps et de propagation des crises. La e-réputation devient l’urgence.

2 – Travailler sur la e-réputation, c’est comprendre les ressorts de la réputation. Mais justement, qu’est-ce que la réputation ? Voici la définition qu’on vous propose (pour faire simple) : la réputation, c’est la somme des opinions formées sur une entreprise à un instant T. Ces opinions se consolident dans le temps par des perceptions et des expériences. La réputation qualifie la nature du lien entre l’entreprise et ses publics : clients, actionnaires, collaborateurs, élus, etc. Si l’entreprise répond aux attentes de ses publics, sa réputation est bonne. Si elle n’est pas au rendez-vous des attentes du marché ou de la société, il y a alors destruction de réputation.

3- La réputation, avec son sous ensemble de e-réputation, se gère comme un actif stratégique. La réputation agit comme un sésame. « A licence to operate », disent les anglo-saxons, ce qui situe parfaitement l’enjeu. Ce « droit à exercer » (cela sonne mieux en anglais, il faut le dire) facilite l’accès de l’entreprise à ses marchés. Celui des hommes, des biens, des capitaux, des territoires, etc. Toyota s’est installé en France (et à moindre frais) sur le tapis rouge de sa bonne réputation.  A contrario, BP exerce son métier au quotidien englué dans la marée noire. La réputation produit ou détruit de la valeur, dans le compte de résultats comme dans le bilan.

4 – Le diagnostic de e-réputation est un moment fondateur. C’est une photo, à un instant T, des opinions disponibles sur l’entreprise sur Internet. Elle peut évoluer à tout instant. Néanmoins, elle permet de dresser un diagnostic des discours et des principaux émetteurs associés à l’entreprise. A partir de l’analyse de ses forces et faiblesses, des risques et opportunités, Il est possible de brancher  le système de veille adéquat et d’initier les actions correctives.

5 – La e-réputation se conçoit comme une démarche de progrès, au service de la stratégie d’entreprise. Quelle est ma réputation d’employeur sur le web ? Quels sont les discours associés à mes actions citoyennes ? Quelle est l’image de mes dirigeants ? Le Reputation Institute (N.Y) propose une grille de lecture de la réputation structurée en 7 « drivers » (à relire ici) : de la performance financière, à la gouvernance, en passant par la citoyenneté. Cette lecture stratégique rend  plus évidents les points de forces et les manques de l’entreprise. On sait ce que l’on cherche et pourquoi, ce qui évite de se noyer dans un flux d’informations sans fin.

6 –La e-réputation présente deux versants : risques/opportunités. Se protéger des risques est une évidence. Chaque entreprise connaît ses points faibles, son agenda politique et réglementaire, etc. Des dispositifs de veille ad-hoc sont faciles à mettre en place. En revanche, saisir les opportunités relève d’une autre logique. Vouloir garder l’initiative par rapport aux évolutions de contexte : renforcer sa présence sur un thème stratégique, rencontrer une sensibilité dans l’opinion, entrer en contact avec une communauté, etc. L’entreprise se met en mode « écoute », elle s’ouvre et s’enrichit dans l’interaction. Cet équilibre entre la protection et l’ouverture est essentiel.

7 – Les collaborateurs, comme les dirigeants, sont vecteurs de réputation sur le web. Le cas de Domino’s Pizza est exemplaire d’un dérapage en interne. Les collaborateurs ont des droits et devoirs vis-à-vis de leur entreprise. La multiplication des chartes dites « Social Media Policy » témoigne du besoin de cadrer les pratiques tout en encourageant la présence de collaborateurs dans des réseaux sociaux professionnels. Le dirigeant a également son rôle à jouer sur le web, entre le trop et le trop peu.

8 – La technologie n’est pas le facteur déterminant du marché de la e-réputation. Des solutions performantes sont désormais accessibles pour les agences comme pour les annonceurs. La solution AMI Software  en est le parfait exemple. Le rôle de la technologie est de faciliter le travail du consultant. C’est ce que produit le consultant qui apporte de la valeur. C’est lui qui va trier, analyser et restituer l’information qui sera la matière première du conseil. Les agences les plus affutées sur la question de la réputation et sur les stratégies 2.0 auront incontestablement un avantage compétitif.

9 – La e-réputation n’a pas de frontières, et pourtant. Est-ce utile de lancer un observatoire de sa réputation sur le marché français quand on est une marque mondiale ? Oui, car la réputation traduit des opinions locales qui sont formatées dans une culture locale et une expérience locale. Elle permet de prendre conscience des enjeux culturels liés aux différents marchés. Ainsi, le système se duplique facilement sur chacun des marchés stratégiques de l’entreprise. Autre solution plus économique, mettre des capteurs sur des sites référents sur le secteur.

10 – Derrière la e-réputation se cache un sujet trop négligé : celui de l’organisation de la fonction web dans l’entreprise. La mise en place d’une stratégie 2.0 pose la question des passerelles entre la communication, le marketing, les RH, la finance, etc. Qui est responsable de quoi ? Est-ce que tout le monde travaille sur tout ? Comment optimiser et aligner les contenus ? Comment la culture de l’entreprise se confronte-t-elle aux valeurs du web social ? C’est un chantier qui nécessite de casser quelques silos et pré-carrés dans l’entreprise.

Ces 10 points ne prétendent pas faire le tour complet de ce vaste et passionnant sujet. Ils réaffirment le rôle stratégique de la réputation et réfutent l’idée de cantonner la e-réputation à une simple gestion des risques sur le web. La réputation, d’une manière générale, est une formidable opportunité de repenser la relation aux autres. Et le web, sur cette question de la relation, est un terrain de jeu idéal.